Yazd et le désert central
Ville d'adobe classée UNESCO au cœur du Dasht-e Kavir, foyer zoroastrien millénaire et porte d'entrée des dunes de Mesr et de l'oasis de Garmeh.
Yazd se dresse à 1215 mètres d'altitude, coincée entre deux déserts qui couvrent un tiers du pays : le Dasht-e Kavir au nord et le Dasht-e Lut au sud-est. La ville a poussé là où il n'aurait pas dû y avoir de ville, sur un sol salin où les pluies dépassent rarement 60 mm par an. Si Yazd existe depuis 3000 ans, c'est grâce aux qanats, ces galeries souterraines qui captent l'eau des montagnes Shir Kuh et la conduisent jusqu'aux jardins et aux bains. Le système est encore en partie fonctionnel et classé à l'UNESCO depuis 2016, en plus de la vieille ville elle-même inscrite en 2017.
La vieille ville se parcourt à pied, sans plan précis. Les ruelles couvertes (sabbat) protègent du soleil entre les maisons d'adobe, ce mélange de terre crue, paille et eau qui isole aussi bien à 42°C en juillet qu'à 5°C en janvier. Au-dessus des toits plats, les badgirs, tours du vent rectangulaires à plusieurs conduits, captent la moindre brise pour rafraîchir les pièces inférieures. Celui du jardin Dolat Abad, à 33 mètres, est le plus haut encore en service. La mosquée du Vendredi, avec son portail de 48 mètres et sa coupole bleue, domine le quartier ancien depuis le XIVe siècle.
Yazd est l'un des derniers foyers vivants du zoroastrisme, religion d'État de la Perse avant l'islam. Le temple Atashkadeh abrite une flamme dont les prêtres affirment qu'elle brûle sans interruption depuis 470 après J.-C. À la sortie sud de la ville, les deux Tours du Silence dressent leurs cylindres de pierre sur des collines : jusqu'aux années 1970, les zoroastriens y exposaient leurs morts aux vautours pour ne pas souiller la terre. Aujourd'hui, environ 5000 zoroastriens vivent encore à Yazd et alentour, et la fête de Sadeh, mi-janvier, rassemble la communauté autour d'un grand feu.
Autour de Yazd, le désert ne ressemble pas à l'imagerie saharienne. Ce sont d'abord des plateaux caillouteux, des oueds asséchés, des montagnes nues. Les dunes apparaissent par poches, notamment autour du village de Mesr, à 4 heures de route au nord, et de Farahzad. Le caravansérail de Zein-o-din, sur la route Yazd-Kerman, fonctionnait au XVIe siècle comme étape sur la Route de la Soie ; il a été restauré en hôtel et conserve son plan circulaire, rare en Iran. Plus au nord, le village fortifié de Kharanaq, en partie abandonné depuis les années 1970, garde ses maisons d'adobe écroulées et sa tour de 700 ans qui penche légèrement. Meybod, à 50 km de Yazd, conserve une glacière conique (yakhchal) du XVIIIe siècle qui produisait de la glace en plein désert grâce à l'évaporation nocturne.
L'oasis de Garmeh, à la lisière du Dasht-e Kavir, vit encore de ses palmiers-dattiers et de quelques sources. Une douzaine de familles y proposent l'accueil chez l'habitant. Les nuits y sont silencieuses, sans lumière, avec un ciel que la pollution lumineuse n'atteint pas. Côté cuisine, la région a ses spécialités : le ghotab, pâtisserie aux amandes et cardamome, la baghlava de Yazd plus sèche que sa cousine turque, et le shouli, soupe à base de betterave et lentilles servie en hiver. Les marchands de Yazd vendent encore des soieries et des termeh, brocarts tissés depuis l'époque safavide.
À découvrir
Vieille ville d'adobe de Yazd. Errance dans le dédale des ruelles couvertes du quartier Fahadan, entre maisons-musées à badgirs et ateliers de tisserands. La montée sur le toit-terrasse du caravansérail Khan offre la vue d'ensemble sur la mosquée du Vendredi au coucher du soleil.
Caravansérail de Zein-o-din. Nuit dans l'un des seuls caravansérails circulaires safavides encore debout, à 60 km au sud de Yazd. Les chambres voûtées donnent sur la cour centrale et le silence du désert commence dès la porte franchie.
Désert de Mesr et oasis de Garmeh. Quatre heures de piste depuis Yazd jusqu'aux dunes du Dasht-e Kavir. Marche chamelière de 2 à 3 heures en fin de journée, nuit chez l'habitant à Garmeh sous une coupole d'adobe, et baignade dans la source chaude de Tchah Esfid.
Zoroastrisme vivant. Visite du temple Atashkadeh et de sa flamme entretenue depuis le Ve siècle, puis montée aux Tours du Silence à la sortie sud de la ville. Si vous voyagez mi-janvier, la fête de Sadeh ouvre une porte rare sur la communauté.
Kharanaq et la glacière de Meybod. Une journée combine le village fortifié abandonné de Kharanaq, son pont sassanide et sa tour penchée, puis Meybod avec sa glacière conique et son caravansérail safavide reconverti en musée du tapis.
Quand y aller
La fenêtre confortable s'étend d'octobre à mi-avril. En octobre-novembre, les journées tournent autour de 22-25°C et les nuits descendent à 10°C, c'est idéal pour combiner ville et désert. De décembre à février, les journées restent agréables (12-16°C) mais les nuits dans le désert tombent à 0°C, voire -5°C à Mesr ou Garmeh : prévoir polaire et bonnet pour les bivouacs. Mars et avril voient remonter les températures (20-28°C) et c'est la meilleure période pour la randonnée chamelière sur plusieurs jours.
De juin à septembre, les journées dépassent régulièrement 40°C à Yazd, avec des pics à 45°C dans les zones désertiques. Les randonnées et nuits sous tente deviennent éprouvantes, et plusieurs petits hébergements du désert ferment ou tournent au ralenti. Les pluies sont quasi inexistantes toute l'année (moins de 60 mm), ce n'est donc jamais un facteur de décision, contrairement au nord du pays.
Conseils pratiques
Comptez 3 jours minimum pour Yazd et ses environs immédiats (Meybod, Kharanaq, temple zoroastrien, Tours du Silence), et 5 à 6 jours si vous ajoutez une boucle désertique jusqu'à Mesr et Garmeh, qui demande deux nuits sur place pour avoir le temps de la marche chamelière. Yazd dispose d'un aéroport relié quotidiennement à Téhéran (1h de vol) et est aussi accessible en train de nuit depuis la capitale (environ 7h). La route Ispahan-Yazd se fait en 4h30, celle vers Shiraz en 6h via Pasargades.
Yazd s'insère naturellement entre Ispahan et Shiraz sur l'axe classique des villes safavides : c'est la combinaison la plus cohérente pour un premier voyage de 12 à 15 jours. Pour les voyageurs disposant de 3 semaines, on peut prolonger vers Kerman et le Lut au sud-est, ou remonter par Tabriz. Côté confort, Yazd offre plusieurs maisons traditionnelles restaurées en hôtels de charme dans la vieille ville, à patio et badgir. Dans le désert, attendez-vous à du rustique soigné : chambres simples chez l'habitant, sanitaires partagés, repas familiaux. La région convient bien aux contemplatifs, aux amateurs d'architecture et d'histoire, et aux marcheurs modérés. Pour les familles, les nuits sous les étoiles à Garmeh et les balades à dos de chameau fonctionnent dès 7-8 ans.



