Shiraz et le Fars

Berceau de l'empire perse, le Fars articule Persépolis, les jardins de Shiraz et les estives qashqai du Zagros sur trois jours pleins minimum.

Le Fars occupe le sud-ouest du plateau iranien, entre les chaînes du Zagros et la dépression saline du Maharlou. Shiraz, sa capitale provinciale à 1500 mètres d'altitude, donne le ton : jardins clos, qanats hérités des Achéménides, et une tradition poétique qui structure encore la vie sociale. Le jeudi soir, les familles se retrouvent au mausolée de Hafez pour lire à voix haute le Divan, livre que beaucoup connaissent par cœur. Cette région porte le nom originel de la Perse, et c'est ici, dans la plaine de Marvdasht, que Cyrus le Grand et Darius ont bâti les premières capitales d'empire.

Le paysage alterne plaines céréalières, vergers d'agrumes autour de Kazerun, et hauts pâturages du Zagros où montent en juin les tribus Qashqai et Bakhtiari. Notre équipe à Téhéran organise régulièrement des étapes chez ces familles nomades turcophones, vers Eqlid ou Semirom, entre juin et septembre, quand les tentes noires se dressent à 2500 mètres. L'accueil se fait autour du thé et du pain sangak cuit sur galets brûlants. Le tissage des gabbeh, tapis à laine épaisse aux motifs géométriques, occupe les femmes durant les longues soirées d'estive.

Persépolis reste l'ancrage historique de la région. Fondée par Darius Ier vers 518 avant notre ère, la cité cérémonielle s'étend sur une terrasse de 125 000 mètres carrés au pied du mont Rahmat. Les bas-reliefs de l'Apadana montrent les délégations des 23 peuples soumis apportant leur tribut : Mèdes en pantalon, Bactriens menant un chameau, Éthiopiens portant des défenses d'éléphant. Nous recommandons d'y arriver à l'ouverture, vers 8h, à la fois pour la lumière rasante sur les reliefs et pour éviter les 38°C de l'après-midi en juillet. À 12 kilomètres au nord, Naqsh-e Rostam abrite les tombes rupestres de Darius, Xerxès, Artaxerxès et Darius II, taillées en hauteur dans la falaise, ainsi que sept bas-reliefs sassanides célébrant les victoires de Shapour Ier sur l'empereur romain Valérien.

Shiraz elle-même mérite deux jours pleins. La mosquée Nasir-ol-Molk, dite mosquée rose, ne livre son jeu de vitraux colorés sur les tapis persans qu'entre 8h et 10h du matin, en hiver de préférence quand le soleil est bas. Le bazar Vakil, commandé par Karim Khan Zand au XVIIIe siècle, regroupe sous ses voûtes de brique les marchands d'épices, de tapis qashqai et d'eau de rose de Qamsar. Le jardin d'Eram, classé à l'UNESCO avec huit autres jardins persans, illustre le concept du chahar bagh, quatre parterres irrigués par un système hydraulique sous-terrain. Côté cuisine, le kalam polo, riz au chou et boulettes de viande parfumées au cumin sauvage, est une spécialité shirazi qu'on trouve dans les restaurants familiaux du quartier de Zand.

Plus au sud, au-delà du col de Tang-e Allahu Akbar, la route descend vers Firuzabad et les vestiges sassanides de Gor, première capitale d'Ardachir Ier au IIIe siècle. Le palais d'Ardachir Khurreh, plan circulaire de 2 kilomètres de diamètre, préfigure l'urbanisme islamique de Bagdad. Encore plus au sud, le site de Bishapur conserve des mosaïques d'inspiration romaine, butin culturel de la guerre contre Valérien. Ces étapes sassanides sont peu fréquentées et complètent utilement le récit achéménide de Persépolis.

Pasargades, à 130 kilomètres au nord-est de Shiraz, ferme la boucle historique. Le tombeau de Cyrus, simple sarcophage de pierre sur six gradins, se dresse dans une plaine balayée par le vent. C'est le plus ancien monument funéraire royal de l'Iran, daté de 530 avant notre ère, et le lieu où Alexandre s'inclina selon Arrien. La sobriété du site contraste avec la monumentalité de Persépolis et raconte une autre étape, plus archaïque, de la formation de l'idée impériale perse.

À découvrir

Persépolis à l'aube. Marche de deux heures sur la terrasse cérémonielle avant l'arrivée des groupes, avec lumière rasante sur les 23 délégations sculptées de l'Apadana. Les tombes rupestres de Naqsh-e Rostam s'enchaînent à 15 minutes en voiture.

Vitraux de Nasir-ol-Molk. Entre 8h et 10h du matin, le soleil traverse les vitraux colorés et projette une mosaïque mouvante sur les tapis de la salle d'hiver. L'effet dure environ 90 minutes selon la saison.

Estives qashqai du Zagros. De juin à septembre, étape chez une famille nomade turcophone à 2500 mètres d'altitude vers Semirom ou Eqlid. Thé au feu de bois, tissage de gabbeh et veillée poétique en turc azéri.

Soirée au mausolée de Hafez. Le jeudi soir, les Shirazis se rassemblent autour du tombeau du poète pour lire le Divan à voix haute. Cafétéria du jardin pour un thé safrané et glace au faloodeh, vermicelles glacés à l'eau de rose.

Vestiges sassanides de Firuzabad. Cité circulaire de Gor fondée par Ardachir Ier au IIIe siècle, palais en pierre de taille et bas-reliefs taillés à flanc de gorge. Site quasi désert, accessible par une route de montagne depuis Shiraz en 2h30.

Quand y aller

La meilleure fenêtre pour visiter le Fars s'étend de mi-mars à fin mai, puis de mi-septembre à début novembre. Au printemps, Shiraz est en fleurs : orangers du jardin d'Eram, roses de Damas autour de Meymand. Les températures oscillent entre 12°C la nuit et 24°C en journée. Norouz, le nouvel an persan autour du 21 mars, attire beaucoup de visiteurs iraniens à Persépolis et Pasargades, prévoir des arrivées tôt sur les sites. L'automne offre des journées sèches autour de 22°C et des nuits fraîches, idéales pour les longues marches sur la terrasse achéménide.

L'été est rude dans la plaine de Marvdasht, avec des pics à 40°C en juillet et août, et Persépolis devient impraticable après 11h. En revanche, c'est précisément la saison où monter dans le Zagros, vers Sepidan ou Semirom, prend tout son sens : 25°C en journée, 12°C la nuit, et les campements qashqai installés. L'hiver, de décembre à février, voit Shiraz tomber à 3°C la nuit avec quelques chutes de neige possibles, et les cols vers Firuzabad peuvent être brièvement fermés. Les vitraux de Nasir-ol-Molk sont alors à leur meilleur, le soleil bas frappant directement la salle.

Conseils pratiques

Comptez 3 jours pleins pour l'essentiel : une journée Persépolis, Naqsh-e Rostam et Pasargades, une journée Shiraz historique (mosquée rose, bazar Vakil, mausolées de Hafez et Saadi, jardin d'Eram), et une journée pour Firuzabad ou une étape qashqai en saison. Avec 4 à 5 jours, on intègre Bishapur, la grotte de Shapour et une nuit en altitude. L'aéroport international de Shiraz reçoit des vols quotidiens depuis Téhéran (1h15) et des liaisons depuis Doha et Istanbul. Par la route, comptez 7 heures depuis Ispahan via Abadeh, ou 6 heures depuis Yazd via Abarkuh et son cyprès millénaire.

La combinaison la plus naturelle se fait avec Yazd et le désert central, puis Ispahan et Kashan, en remontant vers Téhéran : c'est l'axe classique de 12 à 15 jours qui couvre les quatre capitales historiques. Le confort hôtelier à Shiraz est bon, avec quelques maisons traditionnelles restaurées dans la vieille ville et des établissements 4 étoiles près du jardin d'Eram. La région convient aux voyageurs intéressés par l'histoire et la poésie, aux familles avec enfants à partir de 8 ans (les bas-reliefs racontent des histoires concrètes), et aux contemplatifs sensibles aux jardins et à la lumière. Les marcheurs trouveront leur compte dans le Zagros entre juin et septembre, en logeant chez l'habitant qashqai.

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