Ispahan et Kashan

Capitale safavide aux coupoles turquoise et ville-oasis aux maisons marchandes enterrées, Ispahan et Kashan condensent l'âge d'or de l'architecture persane sur 220 kilomètres.

Ispahan et Kashan occupent une bande du plateau central iranien à environ 1 600 mètres d'altitude, entre les contreforts du Zagros à l'ouest et les marges du désert de Dasht-e Kavir à l'est. C'est une géographie de villes-oasis : on roule longtemps dans des paysages arides, parfois piquetés de pistachiers ou de champs de safran, avant que ne surgissent les coupoles turquoise et les jardins clos. Cette logique de l'oasis explique l'architecture, l'urbanisme et la cuisine locale, organisés autour de l'eau rare et de la lumière dure.

Ispahan, deuxième ville d'Iran avec environ deux millions d'habitants, a été capitale de l'empire safavide à partir de 1598 sous le règne de Shah Abbas. Le souverain y a fait construire la place Naghsh-e Jahan, longue de 512 mètres, ainsi qu'un axe nord-sud, le Chahar Bagh, qui structure encore la ville. La mosquée du Shah (Masjed-e Shah) et la mosquée du Cheikh Lotfollah, toutes deux ouvertes sur cette place, illustrent deux échelles de l'architecture safavide : l'une monumentale et publique, l'autre privée et réservée à la famille royale, sans minaret ni cour. Le bazar couvert, long de près de deux kilomètres, relie la place à la mosquée du Vendredi (Jameh), classée à l'UNESCO, dont les quatre iwans résument neuf siècles d'évolution architecturale iranienne.

Le Zayandeh Roud, qui descend des Zagros, traverse la ville d'ouest en est. Onze ponts l'enjambent, dont le Si-o-se Pol (33 arches, 1602) et le Khaju (1650), conçus à la fois comme barrages, lieux de promenade et salles d'audience. Depuis une quinzaine d'années, le fleuve est à sec une grande partie de l'année à cause des prélèvements agricoles en amont. Cela ne retire rien à l'usage social des ponts : les Ispahanis s'y retrouvent le soir pour chanter sous les arches, où l'acoustique porte la voix. Au sud du fleuve, le quartier arménien de Jolfa, fondé en 1606 par déportation de marchands d'Arménie, conserve treize églises dont la cathédrale Vank, mêlant fresques chrétiennes et mouqarnas islamiques. Les cafés de Jolfa, autour de la place Vank, servent encore des pâtisseries arméniennes et du café à la cardamome.

Côté table, Ispahan a ses spécialités : le beryani d'agneau haché et cuit sur pain plat, le khoresh-e mast (ragoût sucré au yaourt et au safran, servi froid), et le gaz, nougat au pistache et à la résine de tamaris. Les ateliers d'artisans, regroupés par corps de métier dans le bazar, travaillent encore la marqueterie khatam, l'émail sur cuivre (minakari) et l'impression au tampon sur toile (qalamkar).

À 220 kilomètres au nord d'Ispahan, sur la route de Téhéran, Kashan joue dans un autre registre. C'est une ville plus petite (environ 400 000 habitants), de marchands devenus riches au XIXe siècle grâce au commerce des tapis et de la soie. Ils y ont construit des maisons à cour profonde, parfois enterrées de cinq mètres pour échapper à la chaleur : les maisons Tabatabaei, Borujerdi et Ameri se visitent et permettent de comprendre l'ingénierie climatique traditionnelle (bâdgir, sous-sols, bassins). Les jardins de Fin, à la sortie de la ville, alimentés par la source Soleymanieh, sont l'un des neuf jardins persans inscrits à l'UNESCO et conservent la structure quadripartite classique du chahar bagh.

Fin mai, le village de Qamsar et ceux de la vallée de Niasar, dans les montagnes au sud-ouest de Kashan, entrent dans le golab-giri, la distillation des roses de Damas. Les alambics en cuivre tournent jour et nuit pendant trois à quatre semaines, et l'eau de rose produite alimente la cuisine, la parfumerie et les rituels religieux dans tout le pays. C'est aussi à cette saison que les villages perchés d'Abyaneh, à 80 kilomètres au sud-ouest de Kashan, sont les plus fréquentables : maisons en pisé rouge, dialecte pahlavi encore parlé par les anciens.

À découvrir

Place Naghsh-e Jahan à l'heure bleue. Nous y arrivons généralement vers 17h, quand les coupoles de la mosquée du Cheikh Lotfollah passent du rose au bleu profond. Les calèches tournent autour du bassin central et les familles ispahanies pique-niquent sur les pelouses.

Maisons marchandes de Kashan. Visite enchaînée des maisons Tabatabaei et Borujerdi, à dix minutes à pied l'une de l'autre. On y lit l'ingénierie thermique des bâdgir et la richesse des stucs peints du XIXe siècle.

Chants sous les arches du pont Khaju. À la tombée du jour, des hommes viennent y chanter du Hafez ou des chants traditionnels dans les voûtes en briques. L'acoustique double la voix, l'auditoire applaudit en silence.

Distillation des roses à Qamsar. Fin mai début juin, les ateliers familiaux de Qamsar et Niasar distillent la rose dans des alambics en cuivre. L'odeur tient à 200 mètres à la ronde et on repart avec une bouteille d'eau de rose tiède.

Quartier arménien de Jolfa. Au sud du Zayandeh Roud, la cathédrale Vank mêle iconographie chrétienne et décor safavide. Les cafés alentour servent un café à la cardamome qu'on prend assis sur les bancs de la place.

Quand y aller

La meilleure fenêtre couvre avril à début juin, puis fin septembre à mi-novembre. Au printemps, les températures à Ispahan oscillent entre 12°C la nuit et 22 à 26°C en journée, les jardins sont en fleurs et le golab-giri de Qamsar bat son plein autour du 20 mai. L'automne offre une lumière dorée sur les briques cuites et des journées sèches autour de 20°C, idéales pour marcher dans les bazars.

Juillet et août sont éprouvants : Kashan dépasse régulièrement 40°C l'après-midi, Ispahan tourne autour de 36 à 38°C, et la pierre des cours emmagasine la chaleur jusque tard dans la nuit. Décembre à février sont praticables mais froids, avec des nuits à -2 ou -3°C et parfois de la neige sur les coupoles : la lumière est superbe, prévoir des vêtements chauds car les maisons traditionnelles restaurées en hôtels ne sont pas toujours bien chauffées. Les pluies sont rares partout, moins de 150 mm par an à Ispahan, concentrées entre décembre et mars.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de 4 jours sur la région : 3 nuits à Ispahan pour absorber la place Naghsh-e Jahan, le bazar, Jolfa et la mosquée du Vendredi sans courir, plus 1 nuit à Kashan en remontant vers Téhéran. Si vous intégrez Abyaneh ou la vallée des roses, comptez une journée de plus. Ispahan dispose d'un aéroport domestique relié à Téhéran en 1h de vol, mais la plupart de nos voyageurs arrivent par la route depuis Kashan (2h30) ou depuis Yazd (4h30 à 5h).

La combinaison la plus naturelle est l'axe classique Téhéran, Kashan, Ispahan, Yazd, Shiraz, qui suit la route historique des caravanes et se parcourt en 12 à 15 jours. Ceux qui ont plus de temps prolongent vers Tabriz et le nord-ouest, plus vert et arménien. Le confort hôtelier est bon à Ispahan, avec plusieurs maisons restaurées de standing autour de la place et dans Jolfa, et excellent à Kashan, où les anciennes maisons marchandes ont été reconverties en boutique-hôtels de caractère. La région convient particulièrement aux voyageurs intéressés par l'architecture, l'artisanat et l'histoire urbaine ; elle est aussi très accessible aux familles et aux voyageurs contemplatifs, les distances internes restant courtes.

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