Ispahan

Dans la partie centrale de l’Iran, Ispahan est une destination touristique très fréquentée. Rideau sur ses attraits incontournables.

La terre généreuse et fertile d’Ispahan tient d’une oasis en plein désert. Elle garde des traces de l’époque où Abbas Ier le Grand l’institua comme la capitale royale des Séfévides… quand les vizirs se promenaient dans ses jardins clos, quand les penseurs chiites prêchaient dans son école, et que les voyageurs occidentaux venaient y acheter de l’or, de la soie et des bijoux. Ispahan recèle certains des plus beaux joyaux de l’architecture persane, comme la mosquée du Cheikh Lotfollah ou le palais Ali Qapu. Mais le déplacement ne promet-il que ça ? Au-delà de son rayonnement urbain, la vieille ville offre une face cachée : la rencontre avec les étudiants en art, la découverte des secrets de la tapisserie, l’étonnement amusé devant les femmes habillées en chador, la saveur du sangak aux graines de sésame… Ainsi, les amoureux de vieilles pierres reviendront contents de leur voyage à Ispahan, de même que les plus exigeants qui veulent des rencontres culturelles, authentiques et humaines.

Notes d’histoire

Les historiens sont divisés sur la date de l’origine de la cité, qui s’appuie plus sur des hypothèses que sur des preuves archéologiques avérées. Des tablettes d’argile achéménides mentionnent l’existence d’une localité du nom d’Aspadana : ne serait-elle pas située sur l’emplacement de l’Ispahan actuel ? L’occupation juive du site au vie siècle est attestée par les sources arabes : ne seraient-ce pas les Juifs déportés par Nabuchodonosor II vers l’an 600 av. J.-C. et réinstallés à Ispahan sous le règne de Chapour Ier ? La dualité juive et sassanide reste un mystère.

Ce qui est certain, c’est qu’Ispahan tomba aux mains des Arabes en 644. Les Abassides y installèrent un corps de troupes. Visible encore de nos jours, la mosquée du Vendredi remonte probablement au xe siècle, lorsque les Bouyides prirent la région.

Au xie siècle, ce fut au tour des Seldjoukides de s’emparer de la ville. L’avènement de cette dynastie s’accompagna d’un notable progrès économique et social. Le paysage urbain fut réorganisé : des instituts d’éducation, des mosquées et des tombes royales fleurissaient autour de la Vieille Place d’Ispahan. Il existait même un observatoire pour étudier le mouvement des astres. Le minaret des Quarante-Filles, culminant à 40 m de haut et accessible par un escalier en colimaçon, est l’un des plus beaux vestiges de l’héritage Seldjoukide.

Abbas Ier le Grand, le cinquième roi de la lignée safavide, entreprit d’achever le développement urbain commencé par ses prédécesseurs. Non seulement il décida d’y établir sa capitale, mais il forma le projet de faire d’Ispahan un centre artistique de renommée mondiale, chargé de montrer aux Occidentaux les sommets de l’élégance et du raffinement de la civilisation perse. Les projets d’aménagement d’Abbas Ier  furent-ils à la hauteur de ses ambitions ? Il paraît bien que oui. Sous la direction des Séfévides, Ispahan était, en effet, décrite dans les journaux de voyage comme l’une des plus belles capitales du Moyen-Orient.

Hélas, l’invasion afghane en 1722 livra la ville à la désolation. Ispahan perdit, avec sa qualité de capitale, tout son prestige et son éclat. Quand le comte de Gobineau voyagea dans l’Empire perse vers la moitié du xixe siècle, il découvrit une cité en ruines, inondée de bâtiments et de bazars délabrés. C’est à peine si l’ancienne capitale des Séfévides compta 60 000 habitants, nota-t-il.

De la gloire des empires et des civilisations, il ne subsiste aujourd’hui que des souvenirs. Des monuments soigneusement préservés, qui assurent à la ville une place confortable dans le marché touristique de l’Iran.

Aujourd’hui

Capitale de la province éponyme, Ispahan se positionne comme la troisième métropole urbaine de l’Iran. Le dernier recensement de 2015 a révélé un effectif de 5,7 millions d’habitants dispatchés dans 11 arrondissements.

L’économie locale repose sur les industries lourdes : l’acier, le ciment, la pétrochimie, le pétrole… Le tourisme génère également un revenu non négligeable depuis le début du xxie siècle. L’attractivité d’Ispahan aux yeux des voyageurs est d’abord à mettre sur le crédit des sites classés. L’Unesco reconnaît la valeur historique de la place de l’Imam, qui regroupe les monuments les plus célèbres de la ville.

Toutefois, n’oublions pas que, avant son ouverture au tourisme, cette oasis de verdure établi au milieu d’un plateau désertique a d’ores et déjà envoûté nombre d’écrivains voyageurs, à l’exemple de Jean Chardin ou Pierre Loti. Dans l’esprit des Occidentaux, la ville d’Ispahan évoque l’ailleurs du Moyen-Orient, l’appel à un voyage rempli de mystères, dépaysant et hors du temps.

À voir et à visiter à Ispahan

Que vous comptiez rester plus d’une semaine ou le temps d’une journée, Ispahan tiendra ses promesses. Jardins à la perse, palais aux délicates mosaïques, bazar regorgeant de produits artisanaux authentiques… La visite de l’antique capitale des Safavides est un émerveillement !

Patrimoine religieux

- La mosquée du Cheikh Loftallah : trônant sur la célèbre place Naghch-e-Djahan, la mosquée du Cheikh Loftallah, également connue sous le nom d’Oratoire du Roi, est l’un des plus surprenants chefs d’œuvre de l’architecture safavide. Loftallah était un ancien imam qui présidait les offices, mais l’édifice lui-même a été commandé par Abbas Ier. Quand on est chah de Perse, on s’offre le luxe d’aménager un lieu de culte à l’usage exclusif de ses concubines. On interdit à un quelconque fidèle de franchir l’entrée du bâtiment sous peine de risquer sa tête. Malgré l’absence de minarets et de cour centrale, la façade du bâtiment frappe par la finesse d’exécution des mosaïques, d’une part, et, d’autre part, par le merveilleux dôme recouvert de tuiles vernissées.

- La mosquée du Chah (ou mosquée de l’Imam) : même si l’on convient que la qualité des mosaïques n’est pas aussi maîtrisée que dans la mosquée du Cheikh Loftallah, ce sanctuaire du xviiie siècle est un bel exemple d’ingénierie architecturale. Le souci de la perfection se trahit tant dans la façade en demi-lune du portail principal, tant dans les éclats de verre et de carreaux qui tapissent le plafond, que dans les inscriptions calligraphiques qui font l’éloge du prophète Mahomet.  Il faut la visiter à midi, lorsque, sous les feux du jour, le portail d’entrée resplendit d’un bleu profond !

- La mosquée du Vendredi : la fondation de cette mosquée date d’une époque fort lointaine, attendu que, sur la foi des archéologues, un premier sanctuaire en hypostyle occupait déjà la place aux environs du xe siècle. Bien que, à la différence des deux mosquées précédentes, elle ne soit pas un monument classé par l’Unesco, la grande mosquée d’Ispahan, pour appeler l’édifice autrement, possède une particularité : elle donne une mesure de l’évolution des courants architecturaux qui se sont succédé en Iran.

Palais royaux

- Le palais Ali Qapou : achevé au xviie siècle, ce joli castel se dresse face à la mosquée du Cheikh Loftallah. Un passage souterrain, à présent condamné, communiquait autrefois le centre du palais au sanctuaire. Le bâtiment à deux niveaux se compose d’un porche magistral et d’une loggia à 18 colonnes en bois agrémentée d’une magnifique fontaine. La partie supérieure de la structure accueille un balcon abrité qui servait de tribune royale lors des évènements officiels.

- Le palais Tchehel Sotun : construit par Abbas II vers 1647 et restauré en 1870, le palais Tchehel Sotun – ou palais des Quarante Colonnes en langue perse – est un but de balade très prisé. Sans compter son intérêt historique, lié au couronnement des rois et à la visite de courtoisie des ambassadeurs étrangers, le design du bâtiment en lui-même est une satisfaction visuelle. Un bassin aux eaux claires, dans lequel se réfléchissent les vieux arbres du jardin, ajoute un cadre onirique à cet endroit. Idéal pour une promenade reposante en fin de journée !

- Le palais des Huit Paradis (Hasht Behesht) : le palais Hasht Behesht est, pour ses fresques murales, ses boiseries et ses muqarnas, un monument à ne pas manquer sur la large avenue du Chaharbagh. Son parc extérieur est un havre de paix pour se ressourcer et se mettre au frais, à l’écart du tumulte de la métropole.

Monuments et places célèbres

- La place de l’Imam : qualifiée de « réalisation urbaine exceptionnelle » par l’Unesco, la Meidan Imam est la plus belle place d’Ispahan et l’une des plus importantes places historiques du monde. Elle est le fruit d’un plan d’urbanisme ambitieux imaginé par Abbas Ier, qui voulut construire un quartier à vocation internationale impressionnant les Occidentaux. La place rassemble les monuments remarquables de la cité : la mosquée de l’Imam, la mosquée du Cheikh Loftallah, le palais du prince Ali Qapou ainsi que le grand marché couvert. Force flâneurs s’y retrouvent le soir pour se détendre, prendre l’air ou sortir en famille.  

- Le grand bazar : Regorgeant de magasins de tapisserie, de poterie, de bijoux et d’autres biens d’artisanat, le grand bazar d’Ispahan est the place to be pour acheter des cadeaux. Il est accessible depuis le côté nord de la place Naghch-e Djahan. Parce que l’endroit est toujours plein de monde, il ne faut pas hésiter à y faire un saut, histoire de tisser des liens avec les habitants et découvrir par petites touches l’authenticité de la ville.

- les minarets tremblants d’Ispahan : utilisés comme instruments d’invitation à la prière, le couple de minarets qui surplombe le sanctuaire élevé en mémoire d’Amou Abdollah Soqla est un sujet de curiosité pour les touristes. De par leur conception mécanique, l’oscillation gagne les deux minarets dès qu’on agite l’un d’eux. 

- Le pont Khadjou : ne ratez pas cet endroit populaire, où se déroule un morceau de la vie sociale et culturelle d’Ispahan. Pourvu de 23 arches majestueuses, le pont est traversé par la Zayandeh Roud, l’un des cours d’eau permanents du pays. Difficile de ne pas admirer la douce musique des flots, lorsqu’on se représente la rivière à sec durant les années de sécheresse. La partie inférieure du pont Khadjou est réservée aux marcheurs. Rien ne vous empêche de longer la rivière et d’admirer la vue à volonté. Les lieux de restauration abondent tout autour, comme les cafés et les maisons de thé.

- Les tours de pigeons : à titre d’information, les pigeons étaient une denrée rare dans l’Iran médiéval. Les fientes de ces derniers étaient collectées à grande échelle pour fertiliser les sols et pour obtenir du cuir. Des trois mille pigeonniers que possédait Ispahan, il en subsiste actuellement trois cents. Au cours de la visite, vous aurez le plaisir de découvrir une tour monumentale en forme de cône ou de cylindre, dans laquelle on recense plus de 12 000 volatiles. L’accès des tours a été judicieusement étudié pour mettre les oiseaux à l’abri de l’attaque des prédateurs.

Comment y aller ?

Grâce à son aéroport international, baptisé aéroport Isfahan Shahid Beheshti, l’accès à la ville est extrêmement facile. Quelques compagnies aériennes proposent des vols quotidiens en provenance d’Istanbul, de Dubaï et de Koweït. Malheureusement, il n’existe aucun vol direct pour Ispahan depuis les villes européennes. Pour un vol avec escale qui décolle à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle et atterrit à l’aéroport d’Ispahan, comptez entre 9 h et demie et 10 h de trajet, selon le transporteur choisi.

Au terminal de l’aéroport, vous pourrez héler un taxi pour rejoindre le centre-ville d’Ispahan. Le prix de la course vous coûtera dans les 8 à 10 €, avec une majoration pour les vols de nuit.

Si vous partez de Téhéran, des services de bus régional effectuent la liaison entre la gare Téhéran Beyaghi et la gare Ispahan Kaveh pour un tarif de 10 €. De là, prenez un taxi pour atteindre le centre-ville en moins de six minutes.

Quand partir à Ispahan ?

À l’image de la région centrale de l’Iran, Ispahan jouit d’un climat semi-désertique. Si vous craignez la chaleur, évitez de prendre des dates en été, sachant que la température approche les 37 ou 38o C. L’hiver n’est pas meilleur, car, si le volume moyen annuel des précipitations est faible (130 mm), elles tombent en majeure partie entre décembre et février. Pour passer des bonnes vacances à Ispahan, les plus malins partiront au printemps. Le temps est chaud et agréable en cette saison, loin du froid mordant et des températures intenses estivales.

Vous aimerez…

- assister à l’ambiance nocturne sur le pont Khadjou ;

- vous perdre à loisir dans le jardin du palais Ali Qapou ;

- observer les minarets tremblants d’Ispahan ;

- photographier les remarquables mosaïques de la mosquée du Cheikh Loftallah ;

- profiter d’une vue saisissante sur la mosquée du Chah lorsqu’elle s’illumine le soir ;

- visiter une fabrique de textile ou de céramique ;

- retourner de voyage avec les célèbres tapis persans ;

- passer un moment d’immersion culturelle au musée de la cathédrale Saint-Sauveur ;

- apprécier les délices de la gastronomie locale.

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