Tabriz et le nord-ouest

L'Azerbaïdjan iranien, terre azérie d'altitude où se croisent bazar millénaire de Tabriz, habitat troglodyte de Kandovan, monastères arméniens et forêts rares en Iran.

Le nord-ouest de l'Iran, que nous appelons ici l'Azerbaïdjan iranien, se distingue du reste du pays par son altitude moyenne (Tabriz est à 1350 mètres), un climat continental humide et des hivers neigeux qui ferment certains cols entre décembre et mars. La région est peuplée majoritairement d'Azéris turcophones, et le persan y cohabite avec le turc azéri dans les rues, les bazars et les radios. Vous entendrez aussi du kurde dans les villages frontaliers de l'ouest, et de l'arménien autour des monastères de la province d'Azerbaïdjan occidental.

Tabriz, capitale provinciale d'environ 1,7 million d'habitants, est une ville de commerce depuis des siècles. Son bazar couvert, classé à l'UNESCO en 2010, s'étend sur près d'un kilomètre carré de timchehs, sarais et passages voûtés en brique. Les négociants en tapis y travaillent encore : le tapis de Tabriz est une école à part entière, reconnaissable à ses motifs en médaillon central et ses laines fines de la région de Heriz. Nous y déjeunons souvent au sarai Mozaffariyeh, autour d'un köfte de Tabriz, boulette farcie de viande, riz, prunes et œuf dur, spécialité locale qu'on ne trouve nulle part ailleurs sous cette forme.

À 60 kilomètres au sud de Tabriz, le village de Kandovan est habité depuis sept siècles dans des cônes de tuf volcanique creusés à flanc de versant. C'est un site vivant, pas un musée : les habitants tiennent des étables au rez-de-chaussée de leur habitation troglodyte et vendent du miel de montagne et des plantes médicinales (thym sauvage, échalote des bois). Plus à l'ouest, sur la route de Kaleybar, la citadelle de Bābak se dresse à 2300 mètres d'altitude au-dessus des forêts d'Arasbaran, classées réserve de biosphère par l'UNESCO. Ces forêts caducifoliées, denses et fraîches, abritent encore ours bruns et léopards persans, ce qui surprend quand on associe l'Iran au désert.

À l'ouest du lac d'Ourmia, le monastère arménien de Saint-Thaddée, Qara Kelisa pour les locaux, remonte dans sa forme actuelle aux XIIIe et XIXe siècles. Il rassemble chaque année autour du 20 juillet plusieurs milliers de pèlerins arméniens venus d'Iran, d'Arménie et de la diaspora, qui campent autour de l'édifice pendant trois jours. Ce pèlerinage est l'une des plus anciennes manifestations chrétiennes encore actives en Iran. Le site, avec Saint-Stépanos près de Jolfa et la chapelle de Dzordzor, forme un ensemble également inscrit à l'UNESCO.

Le lac d'Ourmia, lui, a perdu plus de 80 % de sa surface depuis les années 1990 à cause des barrages amont et de l'agriculture irriguée. Là où s'étendait, jusque dans les années 2000, une nappe salée de 5000 km², on traverse aujourd'hui une plaine blanche, croûteuse, parcourue par des langues d'eau rosies par les microalgues halophiles. Nous y emmenons les voyageurs qui veulent comprendre les enjeux environnementaux du pays, plus que pour la beauté du site. C'est un sujet de conversation récurrent avec les chauffeurs et les hôtes locaux.

La gastronomie du nord-ouest mérite à elle seule un séjour : ash-e doogh (soupe de yaourt et herbes), dolma azéri farcis de pois cassés et viande, halva spéciale de Tabriz, et l'eau-de-vie de raisin d'Orumieh, tolérée dans certains cercles privés. Les marchés du jeudi, à Kandovan ou Jolfa, restent les meilleurs moments pour rencontrer les villageois sans mise en scène.

À découvrir

Bazar historique de Tabriz. Une matinée dans les sarais aux voûtes de brique, entre les négociants de tapis Heriz et les vendeurs d'épices. Nous prévoyons une pause thé chez un marchand que nous connaissons depuis dix ans.

Village troglodyte de Kandovan. Une nuit dans une chambre creusée dans le tuf volcanique, à 2200 mètres d'altitude. Le matin, marche dans les vergers de pommiers et rencontre avec les éleveurs qui descendent leurs vaches.

Forêts d'Arasbaran et citadelle de Bābak. Deux jours de route et marche depuis Kaleybar pour atteindre la forteresse à 2300 mètres, perchée sur un piton au-dessus d'une forêt dense rare en Iran.

Monastère arménien de Saint-Thaddée. Édifice en pierre noire et blanche au milieu d'un plateau désertique près de Maku. En juillet, le pèlerinage rassemble des milliers d'Arméniens venus camper sur place.

Plaine asséchée du lac d'Ourmia. Une traversée par la chaussée de Shahid Kalantari pour mesurer l'ampleur du retrait de l'eau et discuter avec les pêcheurs reconvertis. Plus instructif que spectaculaire.

Quand y aller

Notre fenêtre recommandée va de mi-avril à fin juin, puis de début septembre à mi-octobre. Au printemps, les vergers de Kandovan fleurissent (cerisiers, pommiers) et les forêts d'Arasbaran sont à leur plus vert, avec des températures de 18 à 24°C en journée à Tabriz. L'été, juillet et août, reste supportable en altitude (25 à 30°C à Tabriz, contre 40°C à Téhéran), ce qui explique que les Iraniens y montent en villégiature, mais les sites touristiques principaux se remplissent les week-ends.

L'hiver est rude : entre décembre et mars, Tabriz descend régulièrement à -5°C la nuit, et les routes vers Kandovan, Kaleybar ou Saint-Thaddée peuvent être fermées plusieurs jours après une chute de neige. Nous déconseillons cette période sauf demande spécifique (ski à Sahand, ambiance enneigée du bazar). Si vous voulez assister au pèlerinage de Saint-Thaddée, calez votre voyage autour du 20 juillet, en réservant les hébergements de Maku ou Khoy plusieurs mois à l'avance.

Conseils pratiques

Comptez au minimum 4 jours pour le nord-ouest : 2 jours à Tabriz et Kandovan, 1 jour pour Saint-Thaddée et le lac d'Ourmia, 1 jour pour Bābak et Arasbaran. Avec 6 à 7 jours, nous ajoutons le complexe arménien de Saint-Stépanos près de Jolfa, le long de la frontière avec la République autonome du Nakhitchevan, et une nuit chez l'habitant dans un village azéri. L'entrée se fait par l'aéroport international de Tabriz (vols directs depuis Téhéran, Istanbul et Bakou), ou par la route depuis Téhéran (620 km, 7 heures par l'autoroute de Zanjan).

La région se combine logiquement avec Téhéran et Alborz en début ou fin de circuit. Nous la déconseillons en extension courte d'un voyage centré sur Ispahan, Yazd et Shiraz : les distances sont trop importantes, et le nord-ouest a une identité culturelle suffisamment distincte (langue azérie, climat, cuisine, architecture) pour mériter son propre temps. Le confort hôtelier reste correct à Tabriz (établissements 4 étoiles type Pars El-Goli), plus rustique dans les villages, où nous privilégions les maisons d'hôtes familiales. La région convient bien aux voyageurs curieux des minorités iraniennes, aux amateurs de marche en moyenne montagne et à ceux qui préfèrent les itinéraires moins fréquentés que l'axe classique Téhéran-Ispahan-Shiraz.

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