Golfe Persique et îles
Une Iran maritime et sunnite, entre les plages rouges de Hormuz, les mangroves de Qeshm et les villages bandari où les femmes portent le borqa doré.
Le sud de l'Iran bascule dans un autre monde dès qu'on franchit les monts Zagros et qu'on descend vers Bandar Abbas, principal port de commerce du pays sur le détroit d'Ormuz. Ici, le plateau iranien laisse place à une bande côtière aride, ouverte sur les eaux du Golfe Persique, où circulent les boutres en bois (lenj) que les chantiers de Guran et Laft continuent de construire à la main. La culture n'est plus persane mais bandari, métissée d'influences arabes, africaines et indiennes, héritage de siècles d'échanges avec Oman, Zanzibar et le Gujarat.
L'île de Qeshm, la plus grande du Golfe Persique avec ses 1 500 km², concentre l'essentiel de l'intérêt géologique de la région. La Vallée des Étoiles, à l'est de l'île, est un labyrinthe d'aiguilles de grès érodées sur lequel les habitants racontent qu'une étoile serait tombée. Au nord, les mangroves de Hara couvrent près de 200 km² et se parcourent en barque depuis les villages de Soheili ou Tabl. À l'ouest, le village de Laft aligne ses maisons à badguir (tours à vent) face à une baie où les boutres rentrent à marée haute.
Hormuz, à 30 minutes de traversée depuis Bandar Abbas, est une toute petite île volcanique de 42 km² aux sols saturés d'oxydes. Les plages y sont rouges, ocres, parfois noires, et la terre minérale entre dans la cuisine locale : le souragh, une sauce préparée à partir de terre rouge comestible, accompagne le poisson grillé. Les collines polychromes du sud de l'île, près de Rangin Kaman, alternent strates jaunes, mauves et rouilles sur quelques mètres. Hormuz a longtemps été un comptoir portugais (le fort de 1507 tient encore debout sur la côte nord) avant de retomber sous contrôle safavide en 1622.
Sur les deux îles, ce sont les femmes Bandari qui marquent le paysage humain. Elles portent le borqa, masque traditionnel en tissu rigide doré ou rouge sombre dont la forme varie selon les villages et les communautés (sunnites pour la majorité ici, contrairement à l'intérieur chiite). On les croise au marché aux poissons de Bandar Abbas dès 5 heures du matin, ou dans les ateliers de broderie de Salakh. La langue parlée est le bandari, dialecte persan teinté d'arabe et de portugais.
La cuisine du Golfe rompt nettement avec celle du plateau. Le riz blanc s'accompagne ici de poisson séché (mahyaveh), de tamarin et de piment. Le ghalyeh mahi, ragoût de poisson aux herbes et au tamarin, est le plat de référence. Le pain local, le tomshi, se cuit sur des galets chauds. Et les dattes du Minab, ville du continent à 100 km à l'est de Bandar Abbas, comptent parmi les plus réputées d'Iran.
La région reste peu fréquentée par les voyageurs internationaux, qui s'arrêtent souvent à Shiraz ou Yazd. C'est précisément ce qui nous semble en faire la valeur : on y trouve une Iran sunnite, maritime, africanisée, dont le rythme et les paysages n'ont rien à voir avec les villes-oasis du centre. Pour qui dispose de temps, la combinaison avec le désert du Lout via Bam et Kerman est cohérente.
À découvrir
Vallée des Étoiles, Qeshm. Labyrinthe d'aiguilles de grès érodées sur l'est de l'île, à parcourir en fin d'après-midi quand la lumière rasante creuse les reliefs. Compter 2 heures de marche avec un guide local.
Mangroves de Hara en barque. Traversée à la rame parmi les palétuviers du nord de Qeshm, au départ de Soheili. On y croise hérons, ibis et parfois dauphins quand la barque atteint le chenal principal.
Plages rouges et collines polychromes de Hormuz. Sables saturés d'oxyde de fer sur la côte ouest, et strates jaunes, mauves et rouilles près de Rangin Kaman au sud. L'île se fait en une journée à moto-taxi ou tuk-tuk.
Village de Laft et ses badguirs. Maisons traditionnelles à tours à vent face à une baie où les chantiers navals construisent encore des lenj en bois selon des techniques inscrites à l'UNESCO.
Marché aux poissons de Bandar Abbas. Criée matinale entre 5 et 7 heures, où l'on observe les femmes Bandari en borqa doré négocier thazards, mérous et crevettes du Golfe.
Quand y aller
La saison utile s'étend de mi-novembre à mi-mars, avec des températures diurnes de 22 à 28°C et des nuits autour de 15 à 18°C. C'est la seule période où les marches dans la Vallée des Étoiles, les sorties en barque dans les mangroves et les traversées vers Hormuz sont praticables sans contrainte. Les pluies sont rares et brèves, concentrées en janvier et février, autour de 30 mm cumulés sur la saison.
D'avril à octobre, la région devient difficile : les températures dépassent 38°C dès mai et atteignent 42 à 45°C en juillet-août, avec une humidité autour de 85 à 90% qui rend l'air saturé. Nous déconseillons formellement le Golfe sur cette période, sauf pour des voyageurs avertis qui se limiteraient à des trajets climatisés. Les mois de transition (fin mars, début novembre) restent chauds, autour de 32°C, mais redeviennent supportables tôt le matin et en soirée.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 4 jours pleins sur place : une journée pour Bandar Abbas et le continent (Minab, ses dattes et son marché du jeudi), deux jours sur Qeshm (Vallée des Étoiles, mangroves, Laft, villages de pêcheurs du sud), et une journée complète sur Hormuz. Le point d'entrée logique est l'aéroport de Bandar Abbas, desservi quotidiennement depuis Téhéran en 2 heures de vol. Les traversées vers les îles se font en ferry rapide (30 à 45 minutes selon la destination).
La combinaison la plus cohérente est avec Shiraz et le Fars, à 8 heures de route ou 1 heure de vol, ce qui permet d'enchaîner Persépolis et le Golfe sur une boucle sud. Une autre option, plus aventureuse, passe par Kerman, Bam et le désert du Lout en remontant vers Yazd. Le confort hôtelier reste modeste : quelques bons établissements à Bandar Abbas et Qeshm, et des maisons d'hôte simples à Hormuz, où l'électricité peut être intermittente. La région convient aux voyageurs curieux d'ethnographie, aux amateurs de paysages géologiques et à ceux qui ont déjà fait un premier voyage en Iran classique et cherchent un prolongement moins balisé.
